Lettres à El-A

Loin d’ici une évocation

O ! Moi l’exilé si j’avais la possibilité de parler à l’au-delà je m’exprimerais avec ferveur en rappelant ce que fut mon passé tout là-bas de l’autre coté de la Méditerranée.
Ma mémoire encore intacte qualifiée de sélective et ce malgré le temps, j’emploierai une certaine intonation en disant… Bonjour !
Bonjour à qui ? Mais certainement au passé, à ma ville, mes quartiers, mes lieux habituels et à ce cher village ou j’ai séjourné épisodiquement au cours de trois décennies.
Ce « villatgét » était pour moi d’un pittoresque charme rural ! C’est là que résidait l’ensemble de ma famille, donc, pourquoi ne pas saluer, respectueusement, tous ces braves gens, hélas disparus ! Certains reposent sur leur terre, abandonnés sous des friches, d’autres n’ayant pu supporter le dépaysement, éparpillés aux quatre coins d’un pays d’accueil, mais ingrat.
Mes souvenirs étant toujours vivaces, je veux me rendre jovial à l’aide de mes écrits lesquels s’adressent particulièrement à tout ces « ancelguénios » terme citadin signifiant El-Ançoriens. Oh ! Non jamais, je ne pourrais oublier mes tantes, oncles, cousins, amis et personnages, d’un court instant.
Bonjour, à vous tous, car vous êtes présents, là, près de moi !
Ensemble parcourant notre vie en toute simplicité, dans la plus noble affection réciproque. Avec votre permission puis-je commencer ?
Enfant, devenu adolescent, puis adulte, mon point de chute était la maison familiale, devenue plaque tournante de tous les membres venant d’Oran, Arcole, La Meleta Maroc.
Te souviens-tu, tante, de tous ces jeunes et moins jeunes égayant ta demeure aux sons d’un vieil accordéon et d’une batterie improvisée ? Nous étions heureux et tu ressentais un immense bonheur.
Te souviens-tu, cousin, de tes efforts afin de faire comprendre à ton entourage ce qu’était la vie sociale et politique de l’époque ? J’entends encore le grattement de ton index raclant le sol, dessinant le contour d’une lettre se terminant en phrase.
Te souviens-tu, toi, petit cousin ? Le « pillo » du village de nos séjours dans les champs de « catchofas » (el catchofar) provoquant une amertume du palais résultat d’une goinfrerie peu commune.
Bonjour, voisins, et notamment cette dame, relatant avec douceur les différentes péripéties de la commune et de ses administrés ! Merci de votre éloquence !
Je voudrais parcourir en tout sens cette mythique Place de l’Avenir en saluant à la ronde, les habituels joueurs de cartes, faire un clin d’œil amical aux riverains, écouter le marteau du forgeron, contempler les véhicules du mécanicien, prêter l’oreille au bavardage du charcutier.
Mais aussi, assister à l’arrivée du car Sotac avec son brouhaha, les conversations, les paniers que l’on pose, les accolades… Vous pensez, depuis Oran, c’est un long voyage !
Je revois cette ferme, entre ruisseau et village, endroit merveilleux habité par des gens simples, conviviaux, cet « arroz » dégusté sous une tonnelle de fortune ! Que de bons souvenirs ! Pour moi un petit paradis.
Rue de l’Eglise souvent empruntée, à mi-chemin, à gauche, je porte mon affection aux habitants avec qui j’ai passé des moments inoubliables tant par leur accueil que par leur sens de la famille.
El-Ançor, cher village, tu représentes dans mes pensées la joie de vivre, mes antécédents, mes liens familiaux que je me plais a entretenir près d’un demi-siècle après, t’avoir vu, une dernière fois, lors d’une triste époque.
Sois fier « villatget », tes enfants veillent à ta renommée en faisant preuve de toutes sortes d’actions afin de t’immortaliser.
Je pense toujours à toi et te dis « à bientôt ! » dans un autre lieu, Terra Nostra… Parmi les tiens.

Francis

Mon cher El-Ançor,

Je me suis rappelé que dans ma tournée précipitée, en partant, j’avais oublié  de te dire au revoir, ainsi qu’au grand jardin que je te laisse. Prends en grand soin. Par la présente je répare mon oubli.
Au revoir et, peut-être, adieu aussi !

Ton Tomatero dévoué.

Bien cher El-Ançor !

J’ai fait un bon voyage, malgré la cohue, l’angoisse et toute cette précipitation. Durant plusieurs jours, je me suis ennuyé loin de toi, et ça, je ne l’aurais pas cru. Maintenant ça va. Ici, je fais du rangement et du nettoyage dans tout ce capharnaüm où nous allons habiter désormais.
J’ai bien du mal à marcher avec mes pieds habitués à marcher ailleurs, là-bas chez nous, mais c’est une question d’habitude, je crois.
Ceci mis à part, la santé va bien. Je prends aujourd’hui mon premier jour de repos.
Meilleurs souvenirs.

Un du village, désormais loin de toi.

Mon El-Ançor,

Bien reçu une longue lettre qui vient de chez toi. Ne m’en veux pas si je n’y ai pas répondu de suite, mais hélas avec tout ce changement, on arrive à perdre la notion des événements et le souvenir des amis . Les nouvelles occupations vous creusent la tête et font paraître l’oubli.
Ma plus chaude poignée de main.

Un de chez toi !

Extraits de lettres…

El-Ançor reçoit, tous les jours beaucoup de courrier. Voici, ici, quelques courts extraits de certaines lettres et cartes postales…

« Mon cœur est en crue, j’ai de la flotte qui sort de partout, mes yeux se noient dans le courant, ma peine tente de fuir en nageant. Je ne toucherai pas d’indemnisation pour les dégâts d’inondation. »

« Mon cher El-Ançor, merci d’avoir enchanté ma vie. »

« El-Ançor, tu me manques et sur n’importe quelle planète, tu me manqueras toujours et encore plus, je crois. »

« El-Ançor. Ton nom est facile à dire, facile à écrire, facile à aimer, mais difficile à oublier. »

« Mon El-Ançor ! Est-ce que tu le sais ? T’aimer, c’est facile. Te le dire c’est assez difficile. T’oublier, ce n’est pas possible ! »

« Qu’on me laisse toute l’éternité, s’il vous plait, pour te prouver à quel point je ne peux pas me passer de toi, El-Ançor ! »

« El-Ançor, si j’avais un euro à chaque fois que je pense à toi… Tu me manquerais toujours autant, mais je serais extrêmement riche ! »

« El-Ançor, tu habites un coin de mon cœur. Sans toi, le monde aurait été une erreur ! »

« El-Ançor, tu es à peu près ce qui se fait de mieux sur terre. Plus je pense à toi et moins je t’oublie ! »

« El-Ançor, le bruit court que je t’aime. Je te le confirme. Je t’adooooore ! »

« El-Ançor ! Ah, El-Ançor ! C’était quelques pages d’histoires qui s’écrivaient sous nos yeux et on ne le savait pas ! Tu me manques beaucoup ! »

« El-Ançor, je te le promets, nous on t’aimera même encore quand tu seras passé de mode ! »

« El-Ançor, c’est seulement quand les corbeaux seront blancs et que la neige sera noire que ton nom s’effacera de ma mémoire. »

« El-Ançor ! Compte sur moi pour penser beaucoup à toi ! »

« El-Ançor, tu emballes notre cœur. Impossible de t’oublier. »

« El-Ançor, j’ai encore rêvé de toi, tu es là, dans mon cœur. »

« El-Ançor, je me souviens de toi : le pire des bonheurs ! Mieux, serait difficile. »

« Pour toi El-Ançor, de battre mon cœur continue ! »

« El-Ançor, j’ai des montagnes de questions où subsiste encore ton écho. Mais ce sera, sans doute et peut-être pour une autre fois, non ? »

« El-Ançor : irremplaçable, indébogable, stocké à vie, là, dans ma mémoire. »

« El-Ançor, sans toi, nous ne sommes qu’une horde en détresse. Mais, promis, on va se soigner !»

« El-Ançor, tous les jours, je remercie le ciel de m’avoir fait naître chez toi, là-bas ! »

« El-Ançor ! O toi ! Si doux à ma mémoire ! Te reverrai-je un jour ? J’en doute, mais qu’est-ce que tu me manques, parfois ! »

« El-Ançor, je veux bien vieillir en t’aimant, mais non mourir sans te le dire… Voilà, c’est fait ! Je tel’ai dit ! »

« Hé ! El-Ançor, quand est-ce qu’on se voit ? »

« On pense très fort à toi, El-Ançor ! Si tu savais combien tu nous manques, depuis tout ce temps ! »

« El-Ançor, tu as eu le don de te rendre inoubliable ! Tu l’as fait exprès, ou quoi ? Et ça continue, encore et encore ! »

« Il vaut mieux te pleurer, El-Ançor, que de ne pas t’avoir connu. »

« Mais bien sûr qu’on pense à toi, El-Ançor ! Tous les jours, même ! Et moi ? Est-ce que je te manque un peu ? »

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