Trombinoscope

Il y avait…

A El-Ançor, à l’origine, Adam et Eve étaient aussi heureux qu’il est possible de l’être quand on n’a ni travail à faire, ni impôt sur le revenu, ni enfant, ni chien, ni chat… Ni belle-mère !

Ils étaient seuls à El-Ançor, donc seuls au monde ! Et les tomates poussaient, elles aussi, toutes seules. On n’avait même pas besoin de les arroser, ni très tôt le matin, ni tard dans la nuit… Un vrai luxe et un vrai Paradis !

Au fil du temps, à El-Ançor, qui n’est toujours pas terminé, et qui comme Paris ne se pas fait en un jour, il s’est mis à y avoir du monde. Beaucoup de monde, pour un si grand village !

A El-Ançor, il y a eu, pêle-mêle : des arboriculteurs, spécialistes de la culture des arbres ; des myticulteurs : personnes spécialisées dans l’élevage des moules ; des nicophiles : collectionneurs de paquets de cigarettes ; des lépidoptéristes : collectionneurs de papillons ; un mercier ambulant: négociant en tissus et de tout matériel servant à la couture et aux ouvrages sur étoffes ; des bergers : vrais chefs d’exploitation d’élevage de bétail sur sol ; quelques bouchers : préparateurs en produits carnés ; des boulangers : employé en terminal de cuisson ; des chercheurs d’or : ouvriers de l’extraction solide ; des éboueurs : agents de traitement des déchets urbains ; quelques livreurs : accompagnateurs de paquets ; et surtout toute une armée de tomateros : les fameux ancêtres de nos tomatologues d’aujourd’hui !

El-Ançor était grand, mais pas immense. Après la sieste, c’est fou le monde qu’il y avait à tous les coins de rues !

Il y avait ceux qui prenaient leur café au lait avec des rollicos et ceux qui le prenaient avec des mantécaos.

Il y avait des ascètes qui ne mangeaient, ni ne buvaient de toute la journée et ceux qui se goinfraient de rollicos, de mantécaos, de monas, de binuelos, d’oreillettes et j’en oublie.

Il y avait ceux qui aimaient faire « cadeau quelque chose » et ceux qui donnaient oualou.

Il y avait ceux qui redoutaient la peste et ceux qui craignaient le choléra.

Il y avait ceux qui aimaient, pour un oui ou pour un non, faire un bras d’honneur et ceux, plus modestes, qui se contentaient, pour un non, d’un doigt.

Il y avait celles qui portaient des bijoux bling-bling et celles qui détestaient porter de la jolata autour du cou.

Il y avait ceux qui savaient se servir de leur stac et ceux qui attendaient que les pajarillos tombent tout crus dans leur assiette.

Il y avait ceux qui étaient équipés de chaussures de marche pour aller loin et ceux qui se traînaient en queue de file, tchanclètes aux pieds.

Il y avait ceux que « vas-y, dalé que dalé » avant l’anisette et ceux qui étaient au régime sec.

Il y avait, autour de plusieurs anisettes, le Tio Antonio, le Tio Manuel, le Tio Ramon, le Tio Juan, le Tio Pepe, le Tio José, le Tio Bartholo, le Tio Diego et d’autres…

Il y avait, autour d’une montagne de brochettes, le Tio Paquo, le Tio Quiquo, le Tio Antonio, le Tio Manuello, le Tio Fransisco, le Tio Juan Baptiste, le Tio Pasqual, le Tio Juan Diego et d’autres encore…

Il y avait celui qui avait, par pure maladresse, la fâcheuse habitude de noyer son anisette.

Il y avait celle qui faisait semblant de ne pas comprendre et celle qui savait tout.

Il y avait celui qui déménagea parce qu’il était incommodé chaque matin par le chant du coq de son voisinage.

Il y avait un boulanger qui trouvait son pain tellement bon qu’au moment des Rois il mettait des fèves dans ses baguettes.

Il y avait « le roi du village » sans autre bouffon que lui-même.

Il y avait deux ou trois paresseux que l’ennui obligeait à travailler.

Il y avait celui qui avait, un jour sur deux, une tomate sur la tête et une brique dans le ventre.

Il y avait celui qui était propriétaire à plein temps d’un baromètre dont l’aiguille se désolait   de ne pas faire le temps.

Il y avait celles qui étaient adeptes du chiffon de parterre et celles qui avaient une bonne à tout faire.

Il y avait ceux qui étaient capables et ceux qui étaient des moins que rien.

Il y avait ceux qui subissaient leur destin et ceux qui en étaient les acteurs flamboyants.

Il y avait un enquiquineur de première qui se prenait pour un monstre sacré.

Il y avait ceux qui adoraient les figues noires et ceux qui détestaient les tchoumbos. Et l’inverse !

Il y avait celui qui n’avait rien de maudit et tout du poète.

Il y avait celui qui se réveillait tous les matins du pied gauche dans le Paradis.

Il y avait ceux qui avaient des projets d’avenir plein la tête et ceux qui ressassaient leur passé parce que le présent était incertain pour tous.

Il y avait celui qui avait de grandes prétentions et de petits projets.

Il y avait celui qui croyait faire beaucoup plus jeune que son âge.

Il y avait celui qui n’avait qu’un livre dans sa bibliothèque.

Il y avait celui qui donnait plus d’un os à ronger à ses chiens.

Il y avait celui qui n’aimait pas les chiens et celui qui parlait aux dindons, au quotidien.

Il y avait celui qui découvrait des perles de culture dans ses oursins.

Il y avait celui qui ne voulait partir nulle part et celui qui avait remplacé celui qui était parti ailleurs.

Il y avait ceux qui montraient leur torse velu et ceux qui vissaient leur cravate.

Il avait ceux qui portaient le chapeau et ceux qui étaient des inconditionnels du gorro.

Il y avait celui qui disait au revoir et merci avec beaucoup de conviction.

Il y avait ceux qui croyaient épouser la bonne cause.

Il y avait celui qui avait un passé encombrant et celui qui avait un âge canonique.

Il y avait celui qui avait plusieurs prénoms.

Il y avait celles qui allaient chez Edouard & Irma et celles qui étaient contre les permanentes et les mises en plis.

Il y avait celles qui faisaient de mèches et celles qui faisaient des couleurs.

Il y avait ceux qui allaient chez Juaquinico et ceux qui préféraient traverser la Place, pour aller chez Quiquo et Joseph.

Il y avait ceux qui cachaient leurs cheveux quand le Gitano passait pour peigner les chevaux.

Il y avait celui qui se déguisait en zouave pour faire le pitre.

Il y avait celui qui faisait le pitre sans aucun accessoire.

Il y avait celui qui se régalait des hosties qui traînaient à la sacristie.

Il y avait celui qui détestait manger les migas les jours de pluie et il y avait celui qui aimait trop les migas, mais pas beaucoup la pluie.

Il y avait celui qui se la jouait grave à la ronda, aux billes, aux pignols, au pitchac, et au tour de France.

Il y avait ceux qui aimaient tout dans le cochon et ceux qui refusaient de goûter parce que c’était ralouf !

Il y avait ceux qui portaient une gourmette en or et ceux qui laissaient leur poignet libre.

Il y avait celui qui se couchait au crépuscule et celui qui dormait avec les poules.

Il y avait celui qui avait pris un coup sur la tête et qui en avait gardé quelques séquelles.

Il avait celle qui n’aimait annoncer que les bonnes nouvelles et celle qui se gargarisait du moindre cancan.

Il y avait celui qui envoyait sa réponse en même temps, au berger et à la bergère.

Il y avait celui qui était très à cheval sur les principes et Monsieur Barleman qui entraînait son cheval, en principe tous les jours, dans les vagues des Andalouses.

Il y avait celui qui aimait par-dessus tout les émotions fortes et il y avait celui qui aimait les petites siestes

Il y avait ceux qui portaient des slips kangourou et ceux qui mettaient des caleçons réglementaires.

Il y avait ceux qui disaient que Di Stefano était le plus grand footballeur du moment et ceux qui pensaient bien lui prendre la place un jour.

Il y avait ceux qui ramassaient les tomates quand elles étaient bien à point et ceux qui faisaient la sieste, en attendant qu’elles soient encore plus mûres.

Il y avait ceux qui parlaient des langues anciennes des plus élaborées et ceux qui étaient adeptes du plus pur français d’avant garde.

Il y avait celui qui était tous les jours, un peu plus au bout du rouleau et celui qui faisait semblant, d’aller de mieux en mieux.

Il y avait celui qui tirait les ficelles et il y avait celui qui se mettait en pelote.

Il y avait ceux qui se perdaient dans leur passion et ceux qui perdaient leur passion au fil du temps.

Il y avait celle qui rêvait tout haut, de tout et de rien, et celle qui fantasmait en secret sur Monsieur le Curé.

Il y avait celui qui confondait en mille excuses et celui qui, en aucune occasion, ne perdait jamais le Nord.

Il y avait celui qui se souvenait du moindre fait et geste et celui qui avait un cerveau neuf qui avait tout oublié de son passé le plus récent.

Il y avait celui qui écrivait des mots d’amour et il y avait celui qui faisait semblant de se prendre pour Roméo.

Il y avait celui qui n’était pas photogénique et celui qui avait une cousine trop jolie.

Il y avait ceux qui tchafaient la raye et ceux qui restaient respectueusement en de ça de la ligne de touche.

Il y avait celui qui revenait tous les dimanches mettre un peu de joyeux bazar au village.

Il y avait ceux qui étaient chevelus bien avant que ce soit la mode et ceux qui souffraient de calvitie.

Il y avait celui qui était sous influence de sa mère pour un oui, pour un non et qui disait toujours « Qui sas ! ».

Il y avait, après les matchs, ceux qui riaient et ceux qui pleuraient.

Il y avait Pepico El Mudo qui s’exprimait par gestes, presque en silence, et Boutija qui n’en finissait pas de bégayer, de concert avec quelques confrères boutijosos notoires.

Il y avait celui qui savait la vérité, toute la vérité.

Il y avait celui qui avait une vue partielle du problème et celui qui avait, sans cesse, le cul entre deux chaises.

Il y avait celui qui avait le bras long et celui qui avait roulé sa bosse aux quatre coins du pays.

Il y avait un incrédule armé de ses icônes, talismans et ex-voto personnels et il y avait un initié à une confrérie qui ne comprenait que lui.

Il y avait celui qui dépensait sans compter et celui qui réglait toujours l’addition.

Il y avait celui qui ne savait ni pointer ni tirer et celui qui hésitait toujours entre tirer et pointer, parce qu’il avait trop de choix.

Il y avait quelques imbéciles heureux et un imbécile malheureux comme les pierres.

Il y avait un conquérant qui n’avait pour territoire que le désert et celui qui avait de gros problèmes avec sa glacière dernier modèle.

Il y avait celle qui avait perdu son chat et son chien et qui se faisait du soucis pour ses poules.

Il y a celui qui disait n’importe quoi à n’importe qui et celui qui ne finissait jamais ses phrases.

Il y avait celle qui parlait malgré elle et celui qui retenait ses mots.

Il y avait celle qui savait si bien faire les tartes aux pommes et celle qui ratait tout, même ses œufs à la coque.

Il y avait ceux qui aimaient le poisson et ceux qui aimaient la viande.

Il y avait ceux qui appréciaient moyennement les melons et ceux qui se régalaient de pastèques bien fraîches.

Il y avait ceux qui aimaient le jus de chaussettes et ceux qui exigeaient un bon caoua, bien noir et plein d’arômes.

Il y avait ceux qui aimaient le sucré et ceux qui préféraient le salé.

Il y avait ceux qui supportaient l’eau et ceux qui n’aimaient que l’anisette.

Il y avait ceux qui aimaient les habitudes et ceux qui partaient à l’aventure.

Il y avait celles qui se lissaient les cheveux et celles qui leur donnaient du volume.

Il y avait celle qui n’avait rien de fragile et qui retombait toujours sur ses pieds, comme les chats et celle qui légua tous ses biens à son caniche.

Il y avait ceux qui se lamentaient sur leur quotidien et ceux qui allaient caresser les étoiles.

Il y avait ceux qui capitalisaient sur leurs victoires et ceux qui stigmatisaient leurs points faibles.

Il y avait ceux qui rêvaient leur vie et ceux qui vivaient leur rêve.

Il y avait les Binechetta, Bouamerico et son cheval, Sahoui et son grand sarouel, Céja Négra,  Boutija, Chinois, Begernine, Bellkader et ses vaches, Chichïa Bouchïa et son frère Moufoque, J’arrive, Rati, Patacahoutcho, Hadj, Bakti, Chibani, Dunkerque, Rouleau, quelques Soussi et beaucoup d’autres encore…

Il y avait Antonio le Couco, les Cornetta, Torero le rémouleur, Conejero, Pepico le cartero dit Bigoté Falco, Gasparette, les Cigarones, El Bombero, Batiste le Valenciano, le Favao, Pierrot El General, Marcelico, Remoulino, Padrino, Baltazar et Gines et certains autres encore…

Il y avait les Galiana, Antonia la Péla, Salou la Saletta, Josefa la Barbera, la Jinovéva, Pincha Huva, la Tia Remédio, Isabellica la Parra, le Tio Tchato, Guarda Lobo, Tchicharone et sa fille Tchicharra, la Tia Raphaela…

Il y avait la Tia Antonia, la Tia Louissa, la Tia Maria, la Tia Marietta, la Tia Dolores, la Tia Pepetta, la Tia Margarita, la Tia Carmen, la Tia Theresa, la Tia Maria Luissa, la Tia Frasquita,
La Tia Matildé, la Tia Isabel, la Tia Concha, la Tia Pepa, la Tia Paqua, la Léla et la Pérroucha, Manolica, Tasseta, Aurélia, Rosario, Madame Ruiz et tant d’autres…

Il y avait quelques borrachons associés : Rhamani, fils de l’ancien garde champêtre d’avant  Mayouya, Rata, Begnacob, Larbi et d’autres alcooliques anonymes …

Il y avait les Payanos et la Tia Payana, los Ciscos, les Viléros, les Gandia, los Indéblés, Pépico Zapatero, meilleur chanteur du monde d’El-Ançor, Bouroucho, los Diablos, El Civilo, el Tio Eugenio, Michout, Pepico El Mudo peintre en lettres, El Tio Terressone et la Tia Terressona, Carmen qui régnait dans le Jardin Public.

Il y avait celui qui au monument aux Morts, sur une jambe et sans papiers, faisait ses discours et tous ceux qui l’accompagnaient Joseph Orengo, Julio Penalva, Chichenta Hora, élus et adjoints, Messieurs Gallardo, Bocés, Garrau et quelques autres encore…

Il y avait, dans quelques familles, grandes ou petites, la Néna et le Néné, un Goloso, une Golosa et le Tio Bigotté et sa bouteille dont on nous frictionnait le contenu, les soirs de toux ou de grippe…

Il y avait le Sipoté du Village et le Sipoté del Monté qui se retrouvaient pour traîner dans les rues avec le Foyonéro, quelques Tarambana, un ou deux Gandouls, un Mocosso et le Santico Barato qui ni bebe,ni come, ni rompe zapato.

Il y avait Moscada, Tchouri, Raspa Quesso, El Tio Salaroel, Barriguera, Latigo Moro, El Socarone, Tchaffa Huévos, El Tchépao…

Il y avait le Pintchico et le Cassouéla et quelques autres rouleurs de mécaniques.

Il y avait ceux qui agissaient et ceux qui subissaient.

Il y avait celui venu d’ailleurs, qui, en tant que joueur de boules était très apprécié . Il gagnait toutes les parties gratuites et perdait les autres.

Il y avait ceux qui aimaient la chorba et ceux qui adoraient le potaje.

Il y avait ceux qui aimaient se promener à pied et ceux qui roulaient à plus de soixante à l’heure.

Il y avait ceux qui mettaient leurs espargattes et ceux qui chaussaient leurs souliers vernis.

Il y avait ceux qui mettaient un « Marcel » sous leur chemise et ceux qui étaient sans rien dessous.

Il y avait celui qui gardait ses chaussons au pied pour aller à la boulangerie.

Il y avait celui qui aimait croquer les biscottes qui craquent.

Il y avait celui qui n’était pas le plus court chemin de lui-même à lui-même.

Il y avait celui qui voulait vivre assez vieux pour savoir ce qu’il deviendrai.

Il y avait ceux encore dont on ne se souvient plus du tout et ceux qu’on a momentanément oublié, mais dont les noms, surnoms et particularismes vont bientôt ressurgir…

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