Divers et Variés

Les superstitions de chez nous.

On était très superstitieux chez nous. Tout ce qui portait malheur en France, en Italie, en Espagne, chez les juifs et chez les musulmans était pris en charge dans nos familles. Petits gestes pour apaiser nos angoisses, les superstitions nous étaient familières. On ne se mariait jamais le mardi et on ne partait pas non plus en voyage, fidèle au proverbe : « El martès no te cases, y no t’embarquès ». On était bien sûr aussi que la mariée ne porterait pas de collier de perles. Elle pleurerait autant de fois qu’il y avait de perles au collier ! Un chat noir portait la poisse car de tout temps, il était dit que les chats étaient considérés comme des animaux sataniques. A plus forte raison, quand ils étaient noirs. A tel point que les chats tout noirs avaient à peu près disparus, à l’exception de ceux tachetés de blanc (le doigt de Dieu). Qui n’a pas une fois dans sa vie éviter une échelle ; il fallait remonter à la Bible, quand le Christ avait été crucifié, une échelle avait été posée contre la croix.

Au XVIIe siècle, la loi obligeait les condamnés à mort à passer sous une échelle, le bourreau lui, la contournait ! On évitait aussi de mettre un pain à l’envers, au Moyen Age, le boulanger, pour reconnaître le pain du bourreau le retournait ! A table, le père n’entamait pas la miche de pain sans faire le signe de croix de la pointe du couteau, et cela se fait toujours ! Au chasseur ou au pêcheur, il était interdit de souhaiter bonne chance ! On était sûr qu’il reviendrait bredouille ! Un puisatier ne commençait jamais un puits le vendredi pas plus que les maçons d’ailleurs, et cette pratique se poursuit toujours ! On ne faisait jamais cadeau d’un objet pointu (couteau, ciseaux par exemple) sans recevoir une pièce aussi minime soit-elle pour conjurer le mauvais sort ! On attribuait à l’hululement de la chouette ou au chien hurlant à la mort un mauvais présage. Un miroir brisé équivalait à sept ans de malheur ! On ne parlait jamais de corde chez les artistes de music-hall et on n’offrait jamais de fleurs jaunes à ces artistes avant qu’ils ne débutent un spectacle !

Il était, aussi, de coutume lorsqu’un membre de la famille partait en voyage pour quelque temps, de répandre le contenu d’une casserole d’eau (ou d’un verre), le voyageur devait marcher dans la flaque, s’y attarder, puis revenant sur ses pas, il imprimait la marque de ses pas sur le seuil de la maison, c’était la certitude qu’il reviendrait ! On ne parlait jamais du Diable ou du Malin sans croiser les doigts, le majeur venant chevaucher l’index… et pour plus de sécurité des deux mains !

En Italie et en Grèce, la coutume est de faire « les cornes » avec l’index et l’auriculaire pointés en avant. En Argentine, au Brésil on fait la « figua » avec le pouce qui vient se placer entre l’index et le majeur… Je ne saurais terminer sans vous rappeler qu’au repas de la Cène, ils étaient 13 à table !… On sait ce qu’il est advenu, et n’oubliez pas le 13 mai, un général venu de France nous avait fait le « mal de ojo » avec son : « Je vous ai compris !… » Le jour où il avait prononcé ces paroles fatidiques sûrement que personne n’avait croisé les doigts !… Ma parole… ! »

Quelques superstitions bien de chez nous…

A El-Ançor, une superstition valait une espérance.

A El-Ançor, treize à table n’était à craindre qu’autant qu’il n’y avait à manger que pour douze.

Se faire enterrer un vendredi 13 à El-Ançor, il fallait vraiment ne pas être superstitieux.

Si on avait mal aux dents, il fallait prendre son espargatte gauche et la placer sous son oreiller. Le mal disparaissait comme par enchantement. Mais l’odeur de l’espargatte, non.

A El-Ançor, le vrai superstitieux, c’était celui qui était persuadé que passer sous un chat noir portait malheur.

A El-Ançor, il fallait toucher du bois pour conjurer le mauvais sort.

A El-Ançor, mieux valait toucher de l’argent qu’un sarment de vigne, car l’argent conjurait plus sûrement le mauvais sort que le sarment.

A El-Ançor, cacher une paire de ciseaux sous un cousin faisait fuir les indésirables.

Pour attirer la chance, il fallait se laver les mains avec la rosée du matin.

Ça portait malheur de laisser ses tchanclas en désordre, l’une sur l’autre.

Uriner contre le vent, c’était provoquer le diable.

A El-Ançor, on avait beau ne pas être superstitieux, on craignait toujours les malédictions des inconnus.

Les babouches empruntées sans autorisation faisaient continuellement du bruit.

A El-Ançor, on ne se mariait jamais un mardi. Mais pour les plus anciens, se marier un vendredi 13, il était certain que ça portait malheur aussi, car il n’y avait pas de raison pour que ce jour fasse exception.

Si on éternuait en enfilant ses chaussettes, on devait immédiatement cracher par terre, cela éloignait sûrement le mal.

Si on passait les bras dans notre tricot de peau avant d’y passer la tête, cela nous protégeait de la noyade.

Pour porter bonheur à quelqu’un ou lui souhaiter bonne chance, on lançait une escoba neuve en direction de cette personne.

A El-Ançor, pour un tomatero, il n’y avait que d’heureux présages ; car, quoi qu’il arrivait, il dépendait de lui d’en tirer du bien.

On prenait soin de ne jamais enjamber un enfant, cela l’empêchait de grandir.

Un pot de chambre retourné sous son lit chassait les mauvais esprits.

Si on se cognait le coude, on allait recevoir un cadeau. Peut-être et sans doute, mais pas sûr.

Il ne fallait pas compter les étoiles dans le ciel, cela donnait des verrues.

Uriner sur une pièce de monnaie trouvée en chemin avant de la ramasser permettait d’éviter que la main n’enfle par la suite.

Si, à table, on vous passait le sel, il fallait demander d’abord à ce qu’il soit posé sur la table avant de décider de s’en emparer, sinon ça portait malheur.

Toucher la mitre d’un évêque portait chance.

Grimper sur le petit muret du marabout faisait tousser le lendemain à la même heure.

Casser de la porcelaine ou du verre par accident était signe de chance.

On ne devait jamais déposer son gorro sur un lit.

Si une fille marchait sur la queue d’un chat, elle ne pouvait pas se marier de l’année.

Il fallait toujours enfiler sa chaussette du pied gauche en premier, cela portait chance.

Voir la figure d’un chat noir portait chance, voir son postérieur était signe de malchance.

Si on traversait une rue immédiatement après un chat gris, un souhait se réalisait quelque part.

Marcher accidentellement dans la merde, surtout du pied gauche, portait bonheur. Mais on se faisait engueuler parce que ça sentait très mauvais !

Si on laissait échapper une pièce de monnaie, on devait laisser quelqu’un la ramasser pour nous. Si on était seul, on devait marcher dessus avec notre pied droit avant de la ramasser, cela portait bonheur.

Ouvrir un parapluie sous un toit pouvait porter malheur.

Un objet lancé à travers un arc-en-ciel devait se transformer en or si on arrivait à bien viser.

Si on trouvait une araignée dans nos vêtements en les enfilant, cela annonçait une entrée d’argent en provenance de la grand-mère, le plus souvent.

Lorsque l’on trouvait de l’argent dans la rue, il valait mieux se dépêcher de le dépenser sans en parler.

Un mort devait être sorti de l’église la tête en premier, pour permettre à l’âme de s’envoler.

Rien ne devait couper ou arrêter le cortège funèbre. Sinon le mort pouvait se sauver et devenir fantôme.

Quand on suivait le corbillard, il fallait prendre soin de ne pas marcher sur le crottin frais du jour, ça portait malheur.

On devait toujours enlever sa casquette au passage d’un cortège funéraire, sinon on risquait de perdre la vie un jour.

Les gorros étaient utilisés pour faire des tirages au sort parce qu’ils étaient reliés au destin.

Porter une chemise blanche le vendredi portait malheur.

Suspendre ses chaussettes au pied de son lit nous protégeait des cauchemars.

A El-Ançor, du côté des mûriers, jeter une chenille par-dessus son épaule gauche portait bonheur.

Si nos chaussettes ne cessaient de descendre d’elles-mêmes, c’est parce que quelqu’un pensait à nous.

Ne pas manger de migas, un jour de pluie, était mal vu par tout le village et portait malheur.

Il fallait toujours écraser les araignées avec le pied droit et jamais le matin.

Si notre petit doigt était engourdi, cela annonçait que quelqu’un était en train de dire du mal sur nous.

Lorsqu’un chat s’assoyait dos à la fenêtre, c’était le signe d’un orage à venir.

En plaçant le cœur d’une chouette sur la poitrine d’un dormeur, il répondait à toutes nos questions.

Si une coccinelle se posait sur nous et s’envolait aussitôt, c’était signe de beau temps, indéfiniment.

Si une autre coccinelle se posait sur nous et qu’on avait le temps de compter jusqu’à 22, c’était signe qu’on serait heureux.

Trouver des gants le dimanche promettait une semaine de bonheur, mais perdre ses gants le jeudi portait malheur.

Ramasser soi-même son propre gant tombé au sol portait malheur.

Placer un couteau à l’envers sur le sol, la lame vers le haut, changeait la grêle en pluie.

Lancer du sel dans le feu protégeait le maraîcher de la grêle et du vent.

Une femme enceinte ne devait pas coudre, tisser, tricoter ou broder, car elle risquait d’étrangler son enfant avec le cordon ombilical.

A El-Ançor, rencontrer un chacal le matin provoquait une extinction de voix.

Voir apparaître un loup dans un songe annonçait la trahison d’un proche.

Une jeune fille devait peler une orange et garder la pelure en un seul morceau. Ensuite, elle jetait cette même pelure par-dessus son épaule gauche. Si la pelure était cassée, c’était signe que son futur mari serait riche. Si la pelure était cassée en plusieurs morceaux, c’était signe qu’il serait très riche.

Si une jeune fille laissait tomber une cruche dans l’abreuvoir, le nombre de bulles remontant à la surface lui indiquait le temps qu’elle devait attendre avant de se marier.

Le rouge était strictement interdit pour la robe de mariée, et la moindre petite présence de cette couleur laissait entrevoir de terribles présages. Le vert était déconseillé parce que c’est la couleur des fées.

Une mariée ne devait pas coudre sa robe.

Le voile servait à cacher la beauté de la jeune femme pour empêcher les esprits malicieux de venir l’enlever.

Les femmes ne devaient pas siffler ; seules les sorcières le faisaient, pour attirer les orages.

Il ne fallait jamais faire semblant d’être mort, c’était inviter la mort à venir nous chercher.

Une mouche qui tombait dans un grand bol de café au lait annonçait la prospérité.

Naître un jour de pleine lune était de très bon augure.

Briser un œuf accidentellement attirait les bonnes nouvelles.

Regarder des photos en plein après-midi faisait rappliquer un visiteur inopiné.

Pour faire parler une femme endormie, il suffisait de placer une langue de grenouille sur son cœur.

Présenter le pain à l’envers sur la table pouvait attirer le diable.

Faire, de la pointe du couteau, un signe de croix sur l’envers du pain éloignait le diable et le malheur.

On ne devait jamais offrir ou accepter de recevoir, en cadeau, un couteau sans donner en échange une pièce de monnaie, sous peine de voir une grande amitié se briser.

Trouver un bouton annonçait une nouvelle amitié.

Enfiler accidentellement à l’envers le pull-over de son père était un signe de chance prochaine.

A El-Ançor, porter de la fourrure le vendredi donnait des maladies de peau. Les autres jours, aussi.

Par pure superstition, à El-Ançor, il était recommandé de ne jamais se raser sous une échelle.

Dans le vestiaire, avant le match, toujours lacer sa chaussure gauche en premier.

Si on portait un vêtement mal boutonné, le malheur n’était pas loin.

Il ne fallait jamais dire adieu, cela portait malheur.

La veille du certificat d’études, on évitait de se coiffer les cheveux, de peur d’oublier ce qu’on avait appris le reste de l’année.

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