L’ESEA

A El-Ançor, le football se jouait tous les jours de la semaine, dans les rues, dans les cours ou sur la place, individuellement ou par petits groupes. Mais c’est surtout le dimanche, après la messe, après les anisettes de midi pile et le repas, pris en famille, qui s’en suivait que le village se rendait au Stade Municipal, plein d’espoirs, voir et soutenir son équipe Première.

Les encouragements étaient nombreux, variés et jamais impartiaux. Dans la tribune des supporters, les commentaires, les appréciations et les quolibets fusaient:  « El-Ançor, c’est nous les plus forts ! – Evidemment et bien sûr ! »
« On va gagner ! On va gagner ! On a une équipe faites rien que pour ça ! »
« Les pires, ma parole, se sont les supporters d’en face qui ne savent rien, même pas qu’ils ne savent rien ! »
« Avec Di Stefano, l’ESEA n’aurait même pas besoin de descendre de l’autocar pour gagner les matchs ! »
« Dis-toi bien, hijo, que si les gens ne viennent plus assister au match, personne ne va les en empêcher. »
« Le nabot, en défense, pos, bien sûr, il voit des géants partout… Et au beau milieu des paralytiques, le cojo, lui, c’est une vraie gazelle ! »
«  Hé, ho, le nouveau ! Vas-y, offre-nous le meilleur de toi-même ! Gamate, va ! »
« Allez El-Ançor ! Allez El-Ançor !… La purée de mes osses que c’est bon comme on se sent bien après avoir encouragé quelqu’un ! »
Il était même courant de voir et d’entendre quelques fébriles prier, plus que de raison: « Saint-Coup Franc et Saint-Pénalty, Saint-Corner Direct et Saint-Auto-Goal priez pour nous ! Saint El-Ançor, faites quand se le gagne ce match qu’il faut pas perdre ! Et faites qu’on leur mette au moins 10 buts, à ces toquards ! »
D’autres y allaient de leurs invectives ciblées : « Oooh ! Monsieur l’arbitre ! T’attends qu’il grêle pour siffler, ou t’attends le printemps ? »
« C’est une honte, une vraie honte, Monsieur l’arbitre, ce penalty… Et je le dis en trois mots : RI, DI, CULE ! »
Tout le monde avait droit à la parole.
D’un bout à l’autre des gradins, la critique était sévère et sur le terrain, ou sur le banc, personne n’était vraiment épargné :
« Avec un arrière central grand comme un nain et un buteur qui a les pieds carrés, c’est plus un terrain de foot, c’est la Cour des Miracles, et en plus avec Victor Hugo au sifflet ! »
« Des crampes au bout de 12 minutes de jeu ! Allez va ! Mais ma parole, c’est sûr ça, y’a un vrai problème dans l’entraining ou dans l’échauffing, là ! »
« Ohyouyou, le pauvre ! Dans l’état où il est, si ça se trouve, les toubibs ils en ont bien pour une semaine, au moins, pour tout remettre en place! »
Le match se poursuivait sous les vivas et les sifflets, l’important était de participer.

Ce qui a été inventé de mieux dans les sociétés développées pour mieux supporter ce qui nous entoure, c’est l’ironie, n’est-ce pas ?

Certitudes de supporters, au Café des Sports :

« Les grands diseurs ne font pas les grands entraîneurs. »
« Un bon buteur vaut mieux que cent tripoteurs. »
« A vaincre sans jouer, on triomphe sans gloire. »
« Gros vanteur, petit buteur. »
« Les belles tactiques sur tableau noir ne beurrent pas les épinards. »
« Bon renard des surfaces vaut mieux que jolie gazelle qui trottine sur l’aile. »
« Garde-toi de juger, sur sa seule belle mine, toute nouvelle recrue qui arrive. »
« A jouer contre des ânes, on attrape des coups de pied. »
« En début de saison, il n’y a d’absolu que le relatif. »
« Trop de conseils dans les vestiaires bouche les oreilles. »
« Quand on n’a pas d’idées tactiques, il faut avoir la condition physique. »
« Quand on n’a pas le physique, il faut avoir le mental. »
« Un entraîneur prudent ne fait pas d’une chèvre son capitaine. »
« Les défaites font très mal. Les victoires enlèvent tous les maux. »

Avis d’experts :

« Quand on tient le ballon, on tient le match. »
« L’arbitre a toujours été acheté par l’autre camp. »
« Au foot, un El-Ançorien avertit par l’arbitre n’en vaut qu’un. »
« Au stade, on n’est pas obligé d’applaudir sur les joues d’autrui. »
« Une bonne Espérance sera meilleure qu’une mauvaise. »
« Au royaume de l’Espérance, il n’y a pas de défaite. »
« Il ne faut jamais désespérer de l’Espérance. Il lui arrive de gagner !»
« Le vrai secret des pelouses anglaises ? C’est simple : tu sèmes, tu arroses, tu tonds, tu roules, tu arroses, tu tonds… Et ainsi de suite, pendant trois siècles. »




Caricature :

Sur le tableau noir, dans les vestiaires :

« Il n’y a pas de petits adversaires. »
« On ne badine pas avec les consignes défensives.
« C’est dans l’adversité que se révèlent les grandes équipes. »
« Si le ballon ne va pas au joueur, le joueur va au ballon et il lui rentre dedans. »
« Au football, la ruse est à la sagesse ce que le singe est à l’homme. »
« Pour devenir meilleur que les autres, deviens d’abord meilleur que toi-même ! »
« Nos adversaires ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
« Pas d’audace, pas de succès ! »

Propos de coach :

« Fierté, Messieurs ! De la fierté ! Je veux et j’exige de la fierté et si vous ne savez pas ce que ça veut dire, vous pouvez regarder le mot « fierté » dans l’annuaire ! »
« En défense, impeccable ! On continue à distribuer des timbres à ceux qui le méritent ! Au milieu, il ne faut rien lâcher et pour ça, il faut prendre son courage par les cornes ! »
« On rigole, on rigole, là, mais on ne se moque pas de l’adversaire, compris ?!? »
« Messieurs, j’aimerais beaucoup vous féliciter pour votre match. Quand m’en donnerez-vous l’occasion ? »
« Plus on bouge la défense adverse et plus elle s’use. »
« Qui marque beaucoup et souvent a de fortes chances de finir avec la meilleure attaque. »
« D’un but à l’autre, il y a, au milieu, l’adversaire qu’il faut contourner. »
« Quand tu es dans la surface et que tu ne sais pas quoi faire, mets le ballon au fond des filets, on discutera des autres possibilités, après ! »
« Le règlement au foot, c’est pour tous pareil, hein… Oh, on va pas t’en faire un exprès spécialement pour toi ! »
« Tu serais un bon footballeur, toi,  si tu ne buvais pas. – C’est-à-dire, que quand je bois, je suis Kopa ! »

Les gardiens ont la parole…

« On n’apprend pas aux vieux gardiens à faire des cabrioles. »
« Plus petites sont les cages, plus gros semble le ballon. »
« Le survêtement ne fait pas l’entraîneur. »
« Il vaut mieux arriver en retard à l’entraînement qu’arriver en corbillard. »
« Celui qui s’amuse à me tirer des corners rentrants, je l’ai à l’œil ! »
« Il ne faut pas laisser croître l’herbe sur le point de penalty. »
« La pelouse est toujours plus verte ailleurs. »
« A la mi-temps, les tranches de citron sont toujours plus importantes que toute la métaphysique. »
« L’avantage du foot quand on est franchement nul, c’est qu’on ne risque pas de se sous-estimer. »
« Il vaut mieux arriver en retard à l’entraînement qu’arriver en corbillard. »
« C’est simple, il faut prendre la balle aux bons, et puis c’est tout ! »
« Tu vois, petit, c’est sur ce terrain que j’ai foulé la pelouse… – Et moi, c’est là que j’y ai foulé ma cheville droite parce qu’il n’y a jamais eu de pelouse sur ce terrain ! »
« Ça roule les gars, on continue. Je dirai même mieux : ça roule de source ! »
« Tu bois un coup ? – Un verre d’eau. – C’est tout ? – Oui, avec un peu de flotte ! »
« Les ballons s’envolent, les buts restent. »





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