Cinéma

Avec les matchs de football, le cinéma étaient nos principales distractions du dimanche.


Nous avons connu deux salles de cinéma : l’une, rue de la Fontaine qui appartenait à Mathilde et Emile Pérez et l’autre la salle Font dans le patio du bar Mazzanini. Et il y avait également le cinéma scolaire dans la salle de classe de M. Barthès. On occultait les fenêtres avec des panneaux de contreplaqué et on tirait les rideaux. Il y avait tout de même une pièce réservée à l’appareil de projection.

Les premiers « Tarzans » furent projetés dans la salle de la rue de la Fontaine. On avait chacun son préféré : Lex Barker ou Johnny Weissmuler qui fut champion olympique de natation. Le projectionniste était un dénommé Dipitchoff. Puis cette salle devint une menuiserie. Et c’est la salle Font qui fut la plus populaire car elle servait de salle de cinéma, de bal, de mariage et aux arbres de Noël organisés par Mme Ruiz.

Parmi les projectionnistes qui se sont succédés, on note les fils de Tchitchara : Hadj, Bakti et Abderhamane , un certain Navarro et le couple Dominguez, très atypique qui l’été faisait ses séances à Aïn-El-Turck au Neptune. Mais qui se souvient de « Jim », dont on ne connaissait pas le nom, on ne savait pas s’il était français, algérien ou métissé ; amateur de femmes légères et de voitures d’origine douteuse avec un faible pour les décapotables.

Il arrivait le samedi avec sa pépée, l’appareil de projection, le haut-parleur, les bobines de film et les fils électriques. Il prenait son clairon sous le bras et précédé de deux gamins qui brandissaient un panneau de contreplaqué sur lequel étaient punaisées des photos extraites du film, il parcourait le village. A chaque croisement de rues, il claironnait et lorsqu’il y avait suffisamment de monde sur le pas de la porte, il entamait son boniment, en vantant les exploits des acteurs. Il terminait avec cette phrase rituelle : « Prix des places habituel » !!!…


Il y avait une séance en soirée et une séance le dimanche après-midi. La salle était dépourvue de pièce de projection et de fauteuils ; il y avait quelques bancs et chaises que l’on empruntait au bar.

L’appareil de projection était posé sur une table au milieu de la salle. Le haut-parleur était disposé au bas de l’écran qui était déroulé et les fils électriques reliant le haut-parleur à l’appareil de projection passaient sous les bancs et les chaises. La séance commençait quant « Jim » estimait qu’il y avait suffisamment de monde, et c’est à ce moment que les complications commençaient. Les pannes étaient monnaie courante ; le film se coupait soir par l’usure, soit par le matériel défectueux, la lumière s’allumait, les cigarettes aussi, et on attendait la réparation. La séance reprenait et d’un coup, plus de son et Jim poussait sa gueulante : « ne tchaffer pas le fil, parce que si vous tchaffer le fil, le son y peut pas arriver à l’écran ». De nouveau, lumière et réparation, mais très souvent le haut-parleur restait muet. Mais Jim ne se démontait pas ; calmement, il disait : « je connais le film par cœur, je vais vous le raconter ». La séance reprenait sans le son avec les commentaires plutôt farfelus de « Jim ». Puis on arrivait en fin de bobine et il fallait procéder au changement. Mais voilà, les choses se compliquaient un peu plus, car il faut savoir que ce même film était projeté à Bou-Sfer avec un décalage d’une bobine, donc il fallait aller chercher la bobine suivante au village voisin et l’entracte durait facilement quarante cinq minutes. Un beau jour, la bobine tardait à arriver, on envoie un gamin en reconnaissance à l’entrée du village, il revint tout essoufflé en disant : « Jim est en panne au garofero, il faut le pousser. Et voilà les spectateurs se déplaçant pour pousser la voiture de « Jim ».

Et puis les choses ont changé en mieux, les projectionnistes suivants avaient un matériel plus fiable. Une cabine de projection fut construite, quelques fauteuils fixes furent installés sur la partie droite de la salle, sur le devant les bancs étaient réservées aux enfants, l’écran et le haut-parleur mieux adaptés.

L’été les projections se faisaient dans la cour le soir en plein air, et chacun devait venir avec sa chaise sur l’épaule.


Le dimanche après-midi après la séance il y avait bal, on poussait les bancs pour un faire une piste danse. C’était l’époque d’Elvis Presley, Bill Haley, les Chaussettes Noires, Los Machucambos, Marino Marini, les célèbres Platters avec leurs succès phares « Only you et « My Prayer ». Le tourne-disque se trouvait dans la cabine de projection et les grands venaient passer les consignes : « quand tu mets « Only you », tu attends un peu que je la « chauffe », tu éteins la lumière et tu attends un peu que je l’embrasse avant d’allumer ». On suivait la consigne une fois, deux fois et la 3ème fois, on allumait aussitôt car on voulait profiter du « spectacle ». Mais ce petit jeu irritait les mères de famille qui venaient chaperonner leurs filles. Aussi, on a eu droit à des engueulades incendiaires de la part de ces mères qui débarquaient dans la cabine de projection comme des furies.

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