Les deux gamins

Vous pensez… Tout juste dix ans, haut comme trois pommes, prendre le car de la S.O.T.A.C., afin de se rendre au village de sa famille, situé à 27 km de sa ville natale, pour l’un des deux, c’était vraiment une aventure !

Seul et fier d’emprunter l’itinéraire maintes fois répété par ses parents ! Jugez-en plutôt : Prendre les rues de l’Artillerie, Vieille Mosquée El-Moungar tout droit, puis cet important bâtiment nommé Banque de France qui servira de repère et, toujours sur le trottoir, une sorte de bâtisse où l’on remarquait, garés prêts au départ, les autobus marque Panhard ( ?).

D’un air emprunté, le billet de 5 francs au bout des doigts, il sollicitait le ticket pour ce long périple, le temps d’ajuster sa musette, de remettre au préposé receveur le droit du voyage et d’attendre sagement, à l’arrière, l’heure du départ.

Ah, ce receveur ! De haute taille, efflanqué, la chéchia de forme conique sur le côté du crâne, pompon en butée à l’oreille, personnage typique nommé Saïd ou Jamel ( ?) à la voix tonitruante laquelle annonçait : « En roooooote !!!!!! »

Aussitôt l’autobus s’élançait dans un bruit qui rappelle la différence mécanique à celle d’aujourd’hui, couvert par les commentaires des voyageurs dont ce gamin se souvient !

Ah ! Voici le Petit Vichy, plus bas la Pescateria, holà ! Nous passons sous le paravalanche, bientôt Monté Christo, le « Caracole » et hop, Mers-El-Kébir ! Et de nouveau la vocalise de Saïd : …la Marsa !!!… 10 minutes d’arrêt !

En roooooote !!! Pour Bouisseville, Aïn-El-Turck, Bou-Sfer ! Chaque commune faisant l’objet d’explications, confirmées parfois par ce grand échalas de receveur qui soulevait l’hilarité générale.

Et le gamin, enfoncé dans son fauteuil, voyait défiler cette belle campagne bordée de vignes jusqu’au moment, où, au sommet d’une côte, il put lire : El-Ançor… Terme de son voyage !

Dans un grincement de freins, le car s’immobilisait devant le bar Esclapez (près de la Mairie) qui devait servir de terminus, car, paquets et colis étaient mis au sol avec brouhaha, signifiant la propriété des destinataires.

Le regard, quelque peu perdu ne serait-ce qu’un court instant, il aperçut la tante, brave personne, mi-rieuse, mi-sévère, qui l’accueillait affectueusement tout en l’accompagnant vers cette maison familiale tant estimée.

Quant à l’autre gamin, « l’autochtone » se doutant de la venue du petit citadin, ne tarda guère à se manifester afin d’organiser, dès le lendemain, la chasse aux « pardalets » (1). Ce qui fut fait bien entendu d’un commun accord.

Le terrain se trouvait aux abords d’une petite ferme entourée d’arbres non loin du « Ruisseau » ! Pour y accéder, un chemin de terre permettait une savante approche, mais aussi, a stocké dans les poches de petits cailloux calibrés pouvant se loger dans un ruban de cuir, relié à deux élastiques carrés lesquels étaient solidement ficelés à un manche en forme de Y. Autrement dit, l’ensemble savamment confectionné, se nommait « stack », que certains « garnements » maniaient avec dextérité, notamment le compère el-ançorien !

Tel un sioux, il s’approchait du perchoir et attendait patiemment l’arrivée des volatiles… lentement, gestes millimétrés à l’appui, le projectile dans son logement, une main sur le manche, pouce et index de l’autre, pinçant le cuir, il tendait les élastiques libérant ainsi la munition.

Un bruit sec suivi d’une volée de feuillages, de même que la chute de l’oiseau convoité ! Parfois, deux ou trois congénères complétaient le tableau de chasse. Cela convenait, car le but était, après les avoir déplumés et nettoyés, de les accommoder tout simplement au feu de bois, sans omettre d’introduire une fine tranche de petit salé.

Une anecdote parmi tant d’autres, là-bas, dans ce merveilleux village du temps jadis où vécurent nos parents et grands-parents lesquels ont su laisser les traces d’un savoir-vivre et l’instinct familial au sein des familles.

La preuve est réelle car ces deux gamins (père et grand-père, à leur tour) continuent à promouvoir en souvenirs ce que fut le passé.

Ils ne sont pas les seuls, d’autres suivront l’initiative d’un personnage typique d’El-Ançor Terra Nostra.

Francis (24/10/2008)

(1) Pardalets : oiseaux en valencien.


Les deux citronniers et le cosinet

Il était une fois à l’époque de notre enfance et adolescence une maison familiale située dans un village bien connu par ceux qui liront ce modeste texte.
À l’arrière, une vaste cour ornée de deux magnifiques citronniers qui faisaient la convoitise des voisins et amis, mais jalousement gardé par Pépico le « maitre du lieu ».
Imaginez et sans exagération une multitude de branches ployant sous l’effet du poids de fruits charnus et fermes à souhait d’une couleur jaune vive, bref de magnifiques citrons se trouvant là par le charme mystérieux de la nature.
Chaque jour dans un cérémonial propre au personnage (Pépico, el cosinet !) l’arbre était épousseté de toutes sortes d’insectes ou autres intrus, les fruits soupesés, subissant tour à tour une pression du pouce index afin de déterminer la fermeté.
Une profonde fierté en définitive et nous le comprenions, car près de la murette donnant sur la rue on apercevait le sommet des jeunes branches… mais ! Il y avait un mais… Ces appétissants agrumes étaient d’après les « mauvaises langues » comptés de bas en haut, donc rarement utilisés à des fins gastronomiques.
Nous voulons bien excuser le garant de ces deux arbres tout en lui rendant hommage  mais que devenez ces trésors au fil du temps ?
Satisfaction personnelle certes mais surtout plaisir de la contemplation mêlé à un orgueil sympathique d’autant plus qu’il prenait une réelle  fierté accompagnée de sons et de mimiques bien perceptibles.
Parfois, oh miracle ! Il proposait toujours dans son style particulier, à savoir, extrémités des doigts vers la paume de sa main décrivant ainsi en cette pression l’agrume en question.
Nous partions en fin de journée vers le Bar Esclapez (Sotac), le précieux paquet sous le bras en songeant au fameux caldéro dont les citrons de Pépico ajouteront le fumet odorant au mérou ou autres poissons méditerranéens.
Juré promis !! Notre donneur aura une suite le dimanche suivant 11h00… El-Ançor… Ce qui fut fait !
Brave cosinet repose en paix là ou tu te trouves au fin fond de l’Espagne, face à ta maison.

Francis Féménia  (13/11/2010)

(Cette plante est un remède prouvé contre les cancers de tous types. Certains affirment qu’elle est de grande utilité dans toutes les variantes de cancer.)

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